Archive de la rubrique "Récits"

Ancienne coutume Uissane

lundi 1 novembre 2010

Une lettre de Georges de Layens, écrite à sa nièce le 8 décembre 1873 (voir l’article l’ermite d’Huez)
Donnera une idée de certaines coutumes du pays à cette époque :

Huez en Oisans

«Tu me demandes de te parler des fêtes de la Toussaint à Huez. Je vais te raconter ce que j’ai vu.
«D’abord, il faut te dire que c’est ici le pays des sonneries de cloches.

«Le dimanche, pour annoncer la messe, qui commence à dix heures, on sonne à huit heures, puis à neuf heures, puis un peu avant dix heures et, après cette dernière sonnerie, on tinte ce qu’on appelle les trente coups, et cela veut dire que la messe va bientôt être célébrée. Alors, le prêtre va à l’autel et récite la passion ; pendant tout ce temps on tinte encore. Enfin, au véritable commencement de la messe on sonne les trois coups ; puis on sonne encore plusieurs fois pendant la messe et à la fin.

Eglise d'Huez


«Mais la veille du jour des morts, la sonnerie est une affaire autrement grave. Le sonneur, et son frère, le garde, chargent un mulet de liquides et de solides et se dirigent vers Saint-Ferréol, à un quart d’heure au-dessous d’Huez. Saint-Ferréol c’est l’ancien clocher de la vieille église d’Huez, car à la suite d’incendies et d’avalanches le village s’est déplacé ; c’est là que sont les grosses cloches, qui sonnent en plus des autres non seulement pour les grandes fêtes, mais pour tout enterrement, baptêmes ou mariage. Aucune de ces cérémonies ne peut avoir lieu sans les cloches de Saint-Ferréol.

Eglise Saint Ferréol

«A quatre heures du soir, les grosses cloches commencent à retentir et, de cinq en cinq minutes, la sonnerie reprend, sans discontinuer, jusqu’au lendemain à dix heures du matin, heure à laquelle la rage de sonner arrive à son comble, par suite des vapeurs vineuses qui se sont concentrées toute la nuit dans le cerveau du sonneur et dans celui de son honorable frère.

«Mais s’ils sonnent ainsi alternativement pendant dix-huit heures de suite, ils sont largement payés de leur peine, car cette seule sonnerie leur permet de vivre pour rien pendant la moitié de l’année. En effet, pour eux, l’après-midi du lendemain est consacrée à aller de porte à porte recueillir l’offrande que chacun leur donne en argent ou, plus souvent, en nature.



«Le soir du jour des morts, il est de toute nécessité que chaque habitant d’Huez mange des «creusets», et j’ai été invité à venir prendre ma part. Les creusets sont des boules de farine cuites dans l’eau, et ensuite dans du beurre ; c’est horriblement mauvais, mais il m’a fallu en manger un grand nombre, et faire bonne mine en les avalant.

«Un usage, qui était encore général il y a vingt ans ou trente ans, était de mettre, le soir, à chaque fenêtre de toute les maisons, un plat de creusets que les morts devaient manger pendant la nuit, et qui servaient de régal aux enfants dès le premier matin. Il n’y a plus que quelques maisons qui donnent ainsi leur repas annuel aux trépassés.»

Georges de Layens

Source Dauphiné Jeudi 30 Juin 1898 n°2012 Gaston Bonnier ADI PER969/13

L’Ermite d’Huez

samedi 16 octobre 2010

Georges de Layens, le Maître de l’Apiculture Française.

Georges de Layens

Georges de Layens, lauréat de l’Académie des Sciences 1834 – 1897
C’est en effet, à Huez, dans l’Oisans qui était devenu son pays de prédilection, qu’il a établi, en 1869, les premières ruches qui portent son nom, au début du mois d’avril de 1869 il se rendit au Bourg d’Oisans, partit dès le premier matin pour Huez et qui est situé 1 500 mètres d’altitude.

Extrait d’une lettre de Georges de Layens.
«J’ai passé toute ma journée à aller d’un chalet à un autre, et partout parfaite réception (ce qu’on me disait de l’hospitalité proverbiale des habitants de l’Isère est tout à fait exacte). J’ai été jusqu’au chalet le plus élevé, à plus de 2 000 mètres d’altitude, et j’y ai goûté du beurre frais remarquablement bon avec un fin goût de plantes alpestres. J’ai bien envie d’établir mon premier rucher dans l’un de ces chalets.»

C’est en effet ce qu’il décida aussitôt. De tous les chalets d’Huez, il n’en trouva qu’un à louer. Ce chalet se trouvait à 1 750 mètres d’altitude, sur le chemin qui va d’Huez au plateau de Brandes. Construit en pierres grossières, revêtu d’un immense toit couvert de grosses plaques d’ardoise, ouvert à tous les vents, ne pouvant être chauffé qu’avec de la tourbe qui remplit tout l’intérieur d’une épaisse fumée, c’est le vieux chalet dauphinois dans toute sa simplicité. En jetant un regard à l’intérieur du chalet,autour de quelques semblants de meubles se trouvaient partout des caisses. Du côté de l’entrée, c’était le matériel d’apiculture et l’atelier : ruches à cadres en construction, nourrisseurs, rayons amorcés avec de vieilles bâtisses de cire, etc. A gauche, se trouvaient les appareils de photographies, et à cette époque, où le procédé du gélatino était encore inconnu, le matériel occupait une place assez grande. A droite, une caisse servait de table de travail. On y voyait un microscope, une loupe montée et, au-dessus, sur une planche, une petite bibliothèque de livres de botanique. En face, du côté de la soi-disant cheminée, sorte de trou carré percé dans le toit, se trouvait une provision de tourbe.

C’est dans ce capharnaüm que Georges de Layens construisit les premières ruches à cadres du système qui porte maintenant son nom, qu’il imagina divers instruments d’apiculture tels que le nourrisseur Layens et l’enfumoir automatique. C’est auprès de ce chalet qu’il entreprit des expériences préliminaires sur le nourrissement des colonies d’abeilles au printemps et sur l’hivernage des ruches.
Mais cette organisation sommaire ne devait pas subsister longtemps, et pendant l’hiver le chalet ne pouvait être occupé.Georges de Layens finit par loger à Huez même, où il trouva une petite maison avec un jardin ; puis il acheta un terrain un peu plus loin sur le revers de la montagne, au-dessus de la gorge profonde où se précipite le torrent de Sarenne, en face des beaux sapins de la forêt de l’Homme. Là, il fit construire un petit laboratoire en planches, établit de plus nombreuses ruches, expérimenta par lui-même toutes les méthodes les plus compliquées de la culture des abeilles,

M. de Layens avait beaucoup de peine à se procurer des colonies d’abeilles, car en Dauphiné on ne vend pas des ruches : «cela porte malheur».

L’âge d’or d’Huez devait se terminer en 1875, et c’est dans une toute autre partie du Dauphiné, à Luzinay, près de Vienne, ensuite à Louye département de l’Eure, que Georges de Layens reprit en grand ses expériences et qui devaient établir la grande réputation du Maître de l’apiculture.

Cependant Huez ne fut jamais oublié. C’était le berceau de ses études aussi bien pour la botanique que pour la science apicole, et en 1883 il y retourna en pélerinage, retrouvant avec émotion le vieux village où rien n’était changé, la combe mugissante de Sarenne, la silhouette des chalets de l’Alpe, parmi lesquels se détachait celui qui avait été sa première habitation, et, de l’autre côté de la vallée, cette vue plus immuable encore des forêts de sapin et des glaciers.


ruche de Layens

Source Dauphiné Jeudi 30 Juin 1898 n°2012 Gaston Bonnier ADI PER969/13